La transmission precede la compréhension

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Aprés avoir acheté Lettre à une introvertie, Hajar dédicaçait sa lettre à un inconnu; moi. 

De nos échanges après sa conversation, elle comprit l’essence de ce que je suis en train de devenir. Elle inscrivit dans la mémoire de l’éternité: Lettre à une introvertie: pour croire en son feu et entretenir les flammes! Merci pour ta curiosité, P.S.: bon courage à toi sur le chemin de l’écriture. 

La dédicace à Salé au Maroc sur le campus UMP6

Et puis la lecture de la lettre dans le mouvement vers mon hôtel, m’interpelle sur sa definition de la création, ou plutôt sur l’analogie qu’elle fait entre le fait de créer et le fait d’être introverti. Je n’aurais pas pensé à les associer. Et en réalité, elle a tout à fait raison. 

Les souvenirs de cette lecture, en décembre 2012, de Quiet me sont revenus à l’esprit. Je n’avais pas vraiment intériorisé cette idée que trouver des moments de quiétudes, dans un monde bruyant et qui demande énormément de nous, soit une force. À la lecture du texte d’Hajar, cette connexion à la créativité et cette manière de vivre des vies parallèles,  c’est Sliding Doors, le film, qui m’est revenu en mémoire. Ce film où une seconde décide de tout. L’introverti connaît ce vertige: il voit ses vies adjacentes, celles qu’il n’a pas prises, non par regret, mais par habitude de l’observation. Vivre plusieurs vies en silence avant d’en choisir une à voix haute. Car il y a, en effet, des moments où des vies parallèles m’ont parues possibles dans mon imaginaire. 

Et ce n’est pas un refus du monde, comme beaucoup l’interprètent. C’est surtout une appréciation du monde sous le prisme de la créativité par l’observation. De dire en peu de mots ou sans mots ce que la vie nous apporte dans ces moments où nous entendons le bruit autour de nous comme une mélodie dont l’harmonie se capture au diapason de notre aiguille interne. Ce régulateur est avant tout une invitation à observer ce que nous sommes, avant d’être définis par le regard d’autrui. 

Un peu comme ce pas de côté que nous prenons pour laisser passer l’autre, parce que nous comprenons son empressement et son besoin d’avancer au rythme qui lui sied. Et c’est dans cette volonté de plaire à soi, dans notre capacité à être présent pour autrui sans encombre ni chichi, que nous trouvons l’essence de notre créativité. Une solution dans des moments où se taire est un signe de désobéissance en toute civilité. Aussi et surtout, comme le dit Hajar: « pour moi, l’introversion est un pas de côté pour mieux se lier, réfléchir, prendre le temps de ressentir ».

Et puis, il y’a ces lettres qui forment des mots que j’écoute en lisant, qui me rappellent que c’est un beau geste de comprendre que moins nous parlons, cplus les gens pensent à nos mots. Ceci résume cette belle opportunité que nous avons d’apprendre à nous taire afin « de laisser notre place à ceux qui parlent déjà assez ».  Car « notre monde est plein de gens qui parlent fort et qui masquent d’autres voix ». Ainsi notre responsabilité dans le silence de nos réflexions et de nos âmes tranquilles est de créer, par notre silence, de l’espace pour tous ceux qui ont la peur des bruyant(e)s. L’introverti que je suis n’est pas passif. Il accumule en silence, et quand il écrit, les couches remontent.

Nous avons tous en nous des idées nées de notre vécu, de nos observations et de cette balade qui prendra fin, car la mort est une certitude. Et quand bien même le bruit ne fait pas qu’étourdir, nous ne devons pas tomber dans le fossé de nos vies sans les avoir remplies de nos idées que le monde attend. La réalité est que ce bruit creuse le fossé entre ceux qui devraient se faire entendre et ceux qui vivent du son comme d’un carburant. Et entre les deux, une idée reste calée dans la gorge, entre les cordes vocales et l’esprit, sans jamais trouver sa tonalité. 

J’ai choisi de parler pour que le son de ma voix résonne à l’écho de ce qui manque, pour que nous ayons une complémentarité de pensée qui ne se veut pas tout simplement répétitive. La parole doit apporter une lumière sur une partie cachée ou rejetée, afin que notre intelligence soit collective, même quand elle est qualifiée. 

Mais il ne faut pas confondre silence et double vie avec timidité, car en aucun cas ils sont synonymes ou antonymes. Ce sont des leviers utilisés pour élever. Hajar nous le dit, et je me suis pausé comme sur un tronc d’arbre; et comme j’ai duré, ce n’était une pose photo mais un arrêt pour descendre dans le sous-sol de l’arbre qui grandit dans le silence. J’ai relu avec attention chaque mot, afin de ne pas être distrait par ma propre interprétation: « Lorsque nous nous taisons, nous laissons notre place à ceux qui parlent déjà assez.. Alors, quand le silence ne nous satisfait plus, nous devons nous exprimer d’une manière qui nous ressemble ». 

Et cette phrase de Birago Diop au début qui annonce ce qui va suivre: « À mes filles: Nenou et Dédée pour qu’elles apprennent et n’oublient pas que l’arbre ne s’élève qu’en enfonçant ses racines dans la Terre nourricière ». 

La dédicace de Birago Diop dans Les contes d’Amadou Koumba

C’est dans le silence que le baobab s’élève. Majestueux dans le silence et devant les Hommes. Le baobab n’attend pas de savoir ce qu’il dira avant que l’écran ne s’éteigne, dans un monde qui ne peut plus pauser son cerveau pour permettre à la langue de garder sa place dans le creux de notre bouche. Car elle aussi est une racine qui ne dit pas son nom, elle est loin de notre terre nourricière et pourtant… 

Le silence de la racine est la condition de la hauteur. En écrivant, c’est Birago Diop qui m’est venu. Pas cherché, juste retrouvé. Comme une racine qu’on touche en creusant.


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